RSE 2026 : Comment maintenir l’engagement des parties prenantes en entreprise dans une société polarisée

Introduction

« On n’a jamais autant communiqué et en même temps si peu parlé ensemble. »

Cette phrase de l’anthropologue David Le Breton résume un constat simple : nous échangeons beaucoup, mais nous dialoguons de moins en moins.

Droite contre gauche. Progrès contre décroissance. Générations qui s’opposent. Vérités concurrentes. Le débat public se durcit et laisse de moins en moins de place à la nuance. La polarisation n’est plus seulement politique ou médiatique : elle s’invite dans les entreprises, dans les équipes, dans les décisions et dans la communication. Dans ce contexte, la RSE change de nature.

Il ne s’agit plus seulement de définir des engagements ou de publier des indicateurs, mais de maintenir l’engagement des parties prenantes, collaborateurs, clients, investisseurs, partenaires, dans un monde fragmenté.
Et surtout : de communiquer sans renforcer, malgré soi, les lignes de fracture.

Avant de parler solutions, un détour par le réel s’impose. La polarisation n’est pas un phénomène abstrait : elle affecte concrètement la gouvernance, la cohésion interne et la crédibilité des entreprises.

Les crises sociales, économiques, écologiques et géopolitiques rendent le monde plus difficile à lire. Face à cette complexité, la polarisation agit comme un raccourci : elle simplifie les sujets, désigne des camps et propose des récits faciles à comprendre.

Dans ce contexte, la désinformation prospère. Pas seulement sous forme de fausses informations, mais aussi via des contenus partiels, sortis de leur contexte ou très émotionnels, qui circulent plus vite que les faits vérifiés.

Trois mécanismes expliquent pourquoi ces dynamiques s’installent rapidement, y compris en entreprise :

  • La perception des faits : valeurs et expériences personnelles influencent la manière dont une information est reçue.
  • L’amplification interne : une inquiétude isolée peut devenir un récit collectif sans être réellement questionnée.
  • La vitesse : les émotions se diffusent plus vite que les explications.

Les fractures générationnelles peuvent accentuer ces phénomènes, notamment sur le climat, l’inclusion ou le rapport au travail. Les étiquettes et stéréotypes simplifient les débats, au détriment de la compréhension des parcours réels.

Les entreprises doivent désormais composer avec des attentes de plus en plus fortes et souvent contradictoires. D’un côté, elles sont perçues comme des acteurs de confiance. De l’autre, elles sont régulièrement accusées de ne pas contribuer suffisamment à l’intérêt général, ou de s’engager « trop » ou « mal ».

Dans le même temps, la multiplication des canaux et la polarisation de l’opinion compliquent toute prise de parole publique. Expliquer son action, défendre ses choix et maintenir la confiance devient un exercice délicat.

Comme le souligne le sociologue Clément Léonarduzzi, Vice-président de Publicis France et président de Publicis Consultants pour l’étude SONAR de janvier 2025  : Les marques et les entreprises au défi de la polarisation politique

« Dans un contexte polarisé, la raison d’être de l’entreprise, souvent perçue comme la seule boussole identitaire légitime, ne suffit plus. Les entreprises et leurs dirigeants sont davantage attendus sur le terrain des valeurs, […] »

Autrement dit : la « bonne intention » ne suffit pas, et le simple fait d’avoir une raison d’être ne protège plus. Les parties prenantes cherchent des repères : cohérence, lignes rouges, décisions assumées et preuves concrètes.

Valeurs : acculturer, aligner, embarquer

Dans un monde polarisé, clarifier et faire vivre ses valeurs devient un levier de confiance. CAUSE conçoit des programmes d’animation et d’acculturation pour aider les organisations à définir, partager et incarner leurs valeurs avec leurs équipes et leurs parties prenantes (ateliers dirigeants, sessions équipes, formats narratifs).

La Ligue contre le Cancer nous a fait confiance pour ce type d’accompagnement.

 Impacts et risques : réputation, gouvernance et non-décision

L’exemple de Leroy Merlin est révélateur. En retirant ses annonces publicitaires d’un média classé à l’extrême droite, l’enseigne est devenue en quelques jours la cible de critiques virulentes. Une décision autrefois perçue comme consensuelle est désormais interprétée comme un acte militant.

Ce cas illustre très concrètement le déplacement de la fenêtre d’Overton, c’est-à-dire l’évolution de ce qui est perçu comme acceptable dans le débat public à un moment donné. Il y a encore quelques années, retirer ses annonces d’un média d’extrême droite aurait été largement consensuel.

Aujourd’hui, la montée en visibilité et en influence de certains courants politiques a banalisé des discours auparavant marginaux, souvent fondés sur la division et la stigmatisation. Dans ce contexte, ce qui relevait hier d’un minimum éthique est désormais interprété comme une prise de position politique. [1] 

Retirer un contenu peut alors être perçu comme un acte militant ; ne pas le retirer, comme une forme de complaisance. La non-décision devient elle aussi une décision, exposant l’entreprise à des critiques, quel que soit le choix opéré.

L’entreprise ne réglera pas tous les désaccords de la société. Mais elle possède une capacité rare : faire coopérer des personnes différentes dans un cadre commun.

Quel que soit l’objectif poursuivi, l’entreprise rassemble des personnes qui travaillent ensemble autour d’un projet commun. Dans un contexte de fragmentation du débat public, elle reste l’un des rares espaces où le collectif tient encore.

La communication joue ici un rôle clé : préserver le dialogue, expliciter les décisions, maintenir un cap compréhensible. Travailler ensemble permet aussi de s’extraire, au moins en partie, des bulles informationnelles et de s’exposer à d’autres points de vue. Comme le rappelle Emery Jacquillat, PDG de la CAMIF,

« l’entreprise est l’un des plus puissants leviers de transformation de la société »

à condition d’assumer cette responsabilité.

L’entreprise ne dépolarisera pas le débat idéologique. En revanche, elle peut jouer un rôle important face aux discriminations, qui sont aussi des terrains de polarisation.

Le cadre professionnel interdit certains comportements tolérés ailleurs : racisme, sexisme, violences verbales. Les politiques de diversité, d’équité et d’inclusion imposent des règles du jeu claires et protègent les individus.

Par le biais des formations, en sensibilisant aux biais et aux enjeux d’inclusion, l’entreprise outille les salariés et contribue à diffuser des comportements de respect qui dépassent parfois le cadre du travail.

Dans un monde polarisé, engager ne signifie pas convaincre à tout prix. Il s’agit plutôt de créer des conditions de dialogue, de confiance et de compréhension mutuelle.

Impliquer les parties prenantes dans les réflexions stratégiques de l’entreprise permet de déplacer le débat du « pour ou contre » vers le « comment ». La co-construction renforce la légitimité des décisions, réduit les postures figées et remet du collectif là où chacun risquait de rester dans son camp.

L’atelier du “Tribunal” en intelligence collective


Le Tribunal est un format d’intelligence collective conçu pour travailler des sujets sensibles : stratégie RSE, transformation, politique RH, inclusion, etc.

Le principe : réunir collaborateurs et/ou managers et/ou direction (COMEX / CODIR) et si besoin, des parties prenantes externes. Deux équipes « pour » et « contre »  préparent et défendent une position, parfois éloignée de leurs convictions.

Ce que ça change : on quitte le réflexe « convaincre » pour entrer dans l’exercice « comprendre ». On apprend à se mettre à la place de l’autre, à identifier les valeurs derrière les arguments et à construire un désaccord qui n’abîme pas la relation.

Intéressé.e par ce type d’atelier au sein de votre entreprise ?

Lire aussi : notre article CAUSE sur l’intelligence collective en entreprise pour découvrir d’autres ateliers.

Quand les décisions restent trop centralisées, la polarisation s’installe vite : « eux décident, nous subissons ». À l’inverse, une gouvernance plus partagée multiplie les relais, les espaces de discussion et les niveaux de représentation.


Cela peut prendre plusieurs formes : instances de dialogue plus régulières, comités mixtes, consultation structurée, management participatif, clarification des règles de décision.

L’objectif est d’avoir une gouvernance plus robuste : moins de fantasmes, plus de transparence et une capacité accrue à habiter la zone grise.

Lire aussi : notre article sur la gouvernance RSE

  1. Soin (protéger les personnes vulnérables)
  2. Justice (équité, réciprocité)
  3. Loyauté (appartenance au groupe)
  4. Autorité (respect des règles et des traditions)
  5. Pureté (intégrité, valeurs symboliques)
  6. Liberté (autonomie, résistance à l’oppression)


Nous partageons tous ces fondements, mais nous ne leur accordons pas le même poids. Comprendre cette grille de lecture permet de mieux saisir pourquoi des personnes intelligentes et informées peuvent être profondément en désaccord… sans être de mauvaise foi.

Une culture d’entreprise solide n’élimine pas les tensions, mais elle offre un cadre commun : des valeurs vécues, des pratiques cohérentes, des rituels de coopération. Une culture RSE bien installée peut transformer l’entreprise en moteur de changement social, renforcer le sens au travail et créer un sentiment de fierté collective.

Lire aussi : notre article CAUSE sur la culture RSE en entreprise

Concrètement, cette culture se traduit aussi par des expériences qui rassemblent. Le mécénat de compétences en est un exemple parmi d’autres, avec un intérêt particulier : il permet d’agir ensemble et de se reconnecter à des écosystèmes (associations sociales, environnementales ou sportives, territoires) qui recréent du lien.

C’est d’autant plus stratégique que certaines enquêtes récentes sur le lien social montrent que le sport fait partie des derniers grands vecteurs de cohésion : il crée des émotions communes et une fierté partagée au-delà des clivages (enquête EBRA / Ipsos / CESI, 2025, relayée par France Inter). Source

Aussi, l’étude IDEWE (2022) a étudié les différents aspects de la culture d’entreprise qui favorisent le sentiment d’inclusion :


Conclusion

La polarisation n’est pas le désaccord. C’est ce moment où le désaccord cesse d’être habitable : on ne débat plus, on se classe. On n’écoute plus, on réplique. On ne cherche plus à comprendre, on cherche à gagner.

Pour les entreprises, le sujet est devenu très concret. Les attentes des parties prenantes sont plus fortes, mais aussi plus contradictoires. Les canaux d’information se fragmentent. La moindre prise de parole peut être lue à travers des grilles politiques qui n’étaient pas là hier. Dans ce contexte, maintenir l’engagement demande moins de “grands messages” que de cohérence, de preuves et de cadres de dialogue.

Tenir une ligne, aujourd’hui, c’est accepter trois choses :

  • la nuance est une force (pas un manque de courage),
  • les valeurs doivent être clarifiées et vécues (pas seulement affichées),
  • et l’engagement durable se construit dans des expériences collectives, pas dans un slogan.

L’entreprise ne changera pas la société à elle seule. Mais elle peut rester un lieu où l’on apprend à coopérer malgré les désaccords, où l’on cultive le respect et où l’on réhabilite un mot devenu rare : le commun.

Si 2026 doit être l’année de quelque chose, peut-être est-ce celle-ci : réapprendre à se parler vraiment non pour être d’accord, mais pour pouvoir avancer.

[1] Boycott de Leroy Merlin : la polarisation politique, nouvelle menace pour les entreprises

La polarisation désigne la tendance à opposer des positions de plus en plus tranchées, avec peu de place pour la nuance. Elle impacte directement les entreprises en fragilisant le dialogue interne, la prise de décision, la communication RSE et la relation de confiance avec les parties prenantes.

Parce que les attentes des parties prenantes sont à la fois plus fortes et plus contradictoires. Les entreprises sont attendues sur leurs engagements, mais aussi sur leurs valeurs. Dans un contexte polarisé, un message peut être interprété, détourné ou politisé, même lorsqu’il est factuellement juste.

En clarifiant ses valeurs, en alignant discours et pratiques et en créant des espaces de dialogue. Maintenir l’engagement ne signifie pas éviter les sujets sensibles, mais les aborder avec méthode, cohérence et transparence, en impliquant les parties prenantes dans la réflexion.

L’intelligence collective, la gouvernance partagée, la formation à la diversité et à l’inclusion, ainsi qu’une culture d’entreprise forte sont des leviers clés. Des dispositifs comme le Tribunal ou le mécénat de compétences permettent de recréer du lien et de la compréhension mutuelle.

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La RSE peut contribuer à restaurer la confiance et le collectif, à condition d’être incarnée au quotidien. Elle devient un outil de transformation culturelle, permettant aux entreprises de rester des espaces de coopération, de sens et de dialogue dans une société fragmentée.

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