En 2025, la Responsabilité Sociétale des Entreprises traverse une zone de fortes turbulences. Polycrise, backlash écologique médiatisé, contraintes budgétaires, lassitude face aux grandes promesses de transformation… Le climat ambiant pourrait laisser penser que l’engagement des entreprises marque le pas.
Pourtant, quand on regarde les données, le tableau est plus subtil.
Dans le Future Risks Report 2025 d’AXA, le dérèglement climatique reste en tête des risques mondiaux identifiés par les experts, juste devant l’instabilité géopolitique, la cybersécurité et les tensions sociales. Une vraie configuration de polycrise, qui renforce l’idée que les risques s’additionnent… et se répondent.

Du côté de l’opinion, le baromètre 2025 de l’ADEME montre une forte inquiétude face au changement climatique, mais aussi une hiérarchie très nette : avant l’environnement, les Français citent d’abord la hausse des prix, la dette, la sécurité, l’immigration. L’écologie n’a pas disparu, elle coexiste avec des urgences sociales très concrètes.
Dans ce contexte, la RSE ne peut plus se résumer à un récit inspirant ou à une promesse lointaine. Elle doit se repositionner comme une stratégie de robustesse collective : comment aider l’entreprise à tenir dans la durée, à arbitrer dans la complexité, à préserver ses capacités d’action dans un monde instable.
Dans cet article, on vous propose :
- un bilan de 2025, année morose… mais lucide ;
- quatre tendances RSE pour 2026 à anticiper ;
et quelques pistes très concrètes pour faire de la RSE un levier de robustesse économique, sociale et environnementale.
2025 : une année morose… mais lucide pour la RSE
2025 n’a pas été une année enthousiasmante pour la transition. Mais elle a servi de révélateur : des tensions, des contradictions, et aussi des lignes rouges qui se dessinent plus clairement.
Un monde sous tension : des entreprises sur la ligne de crête
Le diagnostic est désormais assumé : les risques climatiques, les tensions géopolitiques, la cybersécurité et les fractures sociales se renforcent mutuellement. En parallèle, une nouvelle limite planétaire, l’acidification des océans a été officiellement reconnue comme dépassée.
Le baromètre 2025 de l’ADEME montre que :
- la grande majorité des Français accordent de l’importance à la protection de l’environnement ;
- mais leurs priorités immédiates restent avant tout économiques et sociales ;
- 72 % se disent inquiets du changement climatique, dont plus d’un quart très inquiets ;
- et 66 % ne pensent pas que le réchauffement sera limité à un niveau “raisonnable” d’ici la fin du siècle.

Deux phénomènes coexistent :
- une fatigue écologique : difficile de parler sobriété à des personnes qui peinent à finir le mois ;
- un backlash écologique, particulièrement amplifié dans certains médias et arènes politiques, où la transition est désignée comme responsable de l’inflation, des tensions agricoles, des “restrictions” du quotidien.
Mais ce backlash est surtout bruyant, pas forcément majoritaire. Les données d’opinion comme les études de risque montrent que la demande de protection du vivant et de justice sociale progresse y compris dans un contexte de crispation politique. L’enjeu n’est donc plus de savoir si l’entreprise doit se transformer, mais comment le faire sans creuser les fractures sociales et sans perdre sa capacité d’action.
Une RSE sous pression : contrainte, vitrine… ou bien présente
Dans les entreprises, cela se traduit par une impression de tension permanente :
- des obligations réglementaires (CSRD, devoir de vigilance, ZFE, taxonomie…) ;
- des attentes croissantes des clients, des investisseurs, des candidats, des ONG ;
- et des marges de manœuvre économiques qui se resserrent.
La RSE se retrouve au cœur de ces injonctions et donc parfois en première ligne des critiques :
- pour certains dirigeants, elle est perçue comme trop coûteuse, trop lourde, trop militante ;
- 75% des Français estiment que les entreprises font de la RSE pour l’image plutôt que pour avoir un impact concret (Selon l’étude « Les Français et les entreprises engagées » de Harris Interactive, février 2022)

Dans le même temps, ces mêmes professionnels sont une large majorité à considérer l’engagement comme indispensable à la survie des entreprises et à leur performance économique.
Autrement dit : La RSE est critiquée, attaquée, instrumentalisée… mais elle reste au cœur du jeu.
À condition de sortir des postures et de la traiter pour ce qu’elle est : une question de trajectoire de l’entreprise, pas seulement de réputation.
2025, tournant réglementaire : CSRD, Omnibus, Green Claims
Sur le plan réglementaire, 2025 aura été l’année des ajustements.
Côté CSRD, les entreprises de la “vague 1” publient leurs premiers rapports de durabilité.
Dans le même temps, la directive dite “Omnibus” et son mécanisme Stop the clock reporte de deux ans l’obligation de reporting pour les grandes entreprises non cotées et les PME cotées (vagues 2 et 3) et propose de relever les seuils pour concentrer la CSRD sur les entreprises de plus de 1 000 salariés.
Le message est clair mais on cherche à éviter de casser les organisations, en donnant du temps aux entreprises pour se structurer.

D’ailleurs on voit déjà des clients utiliser ce délai comme un espace de préparation :
Chez CAUSE, nous accompagnons déjà plusieurs entreprises qui rédigent un rapport “à blanc” en se basant sur la CSRD ou les normes VSME : un exercice d’entraînement pour tester leur organisation, leurs indicateurs et leur narration afin d’être prêtes lorsque l’obligation s’appliquera.
Le processus législatif a connu un coup d’arrêt en 2025, dans un contexte de backlash politique contre certains volets du Green Deal, mais nous remarquons tout de même un certain progrès sur les communications environnementales qui sont de plus en plus encadrées, comme l’illustre la condamnation récente de TotalEnergies pour pratiques trompeuses sur ses engagements climatiques.
2025, l’année où la bataille se joue aussi sur les récits
En 2025, une étude de Data for Good, QuotaClimat et Science Feedback montre la progression de la désinformation climatique dans les médias audiovisuels français bien au-delà des réseaux sociaux. L’Arcom sanctionne pour la première fois des chaînes pour ces motifs et en 2025 le Conseil d’État confirme la condamnation de CNews à 20 000 € d’amende pour désinformation climatique.

Cartographie des principaux médias audiovisuels français face à la désinformation climatique
Nombre de cas détectés entre janvier et août 2025 en France.
Data for Good, Quota Climat, Science Feedback
À l’échelle internationale, plusieurs États, dont la France, signent à la COP30 de Belém une déclaration pour l’intégrité de l’information climatique, appelant à mieux protéger journalistes, scientifiques et personnalités engagées sur ces sujets.
Et puis il y a les cas très visibles, comme l’ouverture d’un corner Shein au BHV :
- sur le papier, une opération commerciale comme une autre ;
dans les faits, un déclencheur de débat massif sur l’ultra fast fashion, qui pousse plusieurs enseignes à se désengager et met en lumière, auprès du grand public, les coûts humains et environnementaux de ces modèles.
Chez CAUSE, on aime l’authenticité, le storytelling incarné qui pourrait définir le truthtelling :
Raconter la vérité des trajectoires avec leurs avancées, leurs contradictions, leurs zones d’ombre plutôt que d’idéaliser.
Concrètement, cela signifie :
- adosser ses discours à des données robustes ;
- accepter de dire “où on en est vraiment” ;
- communiquer aussi sur ce qui est fait, pas uniquement sur ce qui est promis.
De la quête héroïque à la robustesse : comment la RSE change de rôle
Quand la Responsabilité Sociétale des Entreprises ne fédère plus
Pendant longtemps, la RSE a été portée par un grand récit : sauver la planète, réinventer le capitalisme, changer le monde. Inspirant, mais parfois difficile à relier au quotidien des équipes et des business units.
En 2025, on voit autre chose se dessiner :

- la RSE devient un sujet moral (“il faudrait le faire”),
- mais elle est encore trop souvent tenue à distance des arbitrages économiques (“on verra quand ça ira mieux”),
- et cristallise des tensions entre productivité et sobriété, court terme et long terme.
Résultat : ce qui devait fédérer peut devenir clivant. Les convaincu·es restent mobilisé·es, les sceptiques se braquent et beaucoup de collaborateurs se sentent pris entre deux feux.
Il est temps de changer de cadrage :
Moins une quête héroïque, plus une discipline de robustesse.
H3 : Réhabiliter la robustesse organisationnelle
La question devient : qu’est-ce qu’une entreprise robuste, en 2026 ?
Les travaux académiques sur la performance en temps de crise convergent :
- lors des crises de 2008 et 2020, les entreprises les mieux notées en RSE ont mieux résisté que les autres, à la fois en bourse et dans leurs performances opérationnelles (source : Divers études citées dans cet article)
- Selon la même source, plus de 3 000 entreprises dans 19 pays montre que les entreprises les plus responsables ont enregistré jusqu’à +13 % de performance opérationnelle en période de crise ;
- Récemment, une étude 2025 du Mouvement Impact France et de Des Enjeux et des Hommes indique que les entreprises les plus engagées sont deux fois plus nombreuses à avoir atteint leurs objectifs de chiffre d’affaires entre 2022 et 2024.
Ce n’est ni un miracle, ni une coïncidence. C’est le résultat de :
- chaînes d’approvisionnement mieux anticipées ;
- attention plus forte au bien-être et à l’engagement des salariés ;
- meilleure compréhension des risques climatiques, sociaux, réglementaires ;
- capacité accrue à adapter son offre aux attentes de la société.
Dit autrement : La RSE devient une façon structurée de gérer les risques, préparer l’avenir et tenir dans la durée.
Structurer une démarche RSE robuste
CAUSE accompagne les organisations à :
- réaliser des diagnostics RSE et des analyses de matérialité ;
- construire des feuilles de route d’impact alignées avec le modèle d’affaires ;
- diffuser une culture RSE vivante (formation, dispositifs d’intelligence collective, gouvernance) ;
- articuler stratégie RSE et communication responsable.
Pour en savoir plus, vous pouvez explorer nos contenus dédiés à la culture RSE et à la gouvernance RSE sur le site de CAUSE.
RSE 2025 : les 3 piliers d’une entreprise robuste et alignée
Pilier 1 – Une culture d’entreprise engagée et co-construite
L’entreprise ne peut plus se définir uniquement par ses résultats financiers. Elle est attendue sur sa façon de contribuer à la société, de traiter les humains et le vivant.
Une culture d’entreprise robuste, c’est :
- une raison d’être reliée au métier réel, pas à un slogan ;
- des valeurs incarnées dans le management, les arbitrages, les critères de décision ;
- des espaces de dialogue où l’on peut parler des tensions (entre performance et sobriété, entre court et long terme) sans les balayer sous le tapis.
CAUSE a notamment travaillé sur la culture RSE pour des mutuelles, des PME industrielles, des associations nationales en mobilisant l’intelligence collective pour éviter une RSE “réservée aux convaincu·es” et embarquer aussi celles et ceux qui doutent ou qui résistent.

Pilier 2 – Prioriser la réduction des impacts réels : environnemental et social
En 2025, une conviction s’impose : on ne peut pas se battre sur tous les fronts en même temps.
Une stratégie RSE robuste, c’est une stratégie qui choisit ses combats :
- sur quels enjeux l’entreprise a-t-elle le plus d’impact ?
- où est-elle le plus attendue par ses parties prenantes ?
- qu’est-elle prête à vraiment transformer dans son modèle ?
L’enjeu n’est pas d’ajouter des engagements, mais de :
- documenter ce qui est déjà fait ;
- clarifier ce qui va changer dans les 2–3 prochaines années ;
- assumer ce sur quoi l’entreprise ne sera pas exemplaire.
Outils de plaidoyer et récits de preuves
Quand une entreprise choisit ses combats, elle a besoin de le dire clairement : à ses équipes, à ses clients, à ses partenaires, au débat public.
CAUSE accompagne les organisations sur leurs outils de plaidoyer, via différents formats :
- documentaires et formats vidéo ;
- tribunes et prises de parole médiatiques ;
- campagnes éditoriales et social media ;
- rapports d’impact, brochures RSE, séries de contenus pédagogiques.
L’objectif : passer d’un discours de principe à des preuves partagées, en cohérence avec la stratégie et les engagements réels. Pour en savoir plus, vous pouvez retrouver notre article dédié au plaidoyer d’entreprise .
Pilier 3 – Consolider la robustesse économique : la RSE comme levier de compétitivité
La RSE n’est plus un à-côté. Elle influence directement :
- l’accès à certains marchés et appels d’offres, de plus en plus exigeants sur les critères d’impact ;
- la maîtrise des coûts (énergie, matières, déchets, turnover, absentéisme) ;
- l’attractivité et la fidélisation des talents ;
- la capacité à innover dans un contexte de ressources finies.
Les études récentes montrent qu’un engagement structuré en matière de durabilité est corrélé à de meilleures performances économiques, y compris en période de crise.
En 2026, on entre dans une nouvelle séquence :
La question n’est plus “faut-il faire de la RSE ?” mais comment en faire un levier de compétitivité durable.
Workshop “RSE & performance économique”
Le 2 décembre dernier, CAUSE a animé un workshop dédié : “Faire de la RSE un atout économique dans un contexte de contraintes budgétaires”.
Pour résumer :
- lecture de modèle d’affaires à la lumière des enjeux RSE ;
- identification des leviers de robustesse économique ;
- travail en intelligence collective sur des actions concrètes et réalistes.
Pour être au courant de nos prochains événements : inscrivez-vous à notre newsletter
RSE 2026 : 4 tendances structurantes à suivre
1. La RSE comme levier de compétitivité durable
La RSE s’affirme comme un levier de différenciation : offres repensées à l’aune des limites planétaires, nouveaux services, nouveaux modèles d’affaires, capacité à prouver les effets concrets des actions (sur le climat, les ressources, le social), réduction des coûts.Les entreprises qui tireront leur épingle du jeu sont celles qui intégreront l’impact au cœur de leur proposition de valeur, plutôt qu’en complément.

2. Une RSE moins clivante : justice sociale et transition juste
La question “qui paye la transition ?” va devenir centrale.
La notion de transition juste invite à :
- anticiper les impacts sociaux des transformations ;
- accompagner les reconversions et les territoires ;
- associer les parties prenantes aux décisions, dans de vrais espaces de parole.
C’est une condition pour que la transition cesse d’être perçue comme une injonction descendante et devienne un projet partagé.

3. IA & data : une RSE plus pilotée… à condition de rester sobre et responsable
L’IA peut aider à mieux piloter la performance extra-financière (collecte, consolidation, scénarios), mais elle a elle-même un impact environnemental et social. Le sujet ne sera pas “IA ou pas IA”, mais : “comment l’utiliser sans contredire nos engagements ?”
Sobriété des usages, gouvernance des outils, formation et protection des compétences humaines seront des marqueurs de maturité.
Dans cette volonté de mieux piloter la donnée climat, une initiative récente mérite d’être notée : le Climate Contribution Framework, lancé par Mirova Research Center et Sweep.
Ce cadre propose une lecture unique et cohérente de la contribution climatique d’une entreprise, en regroupant trois volets jusqu’ici traités séparément :
- la réduction des émissions,
- les solutions bas carbone qu’elle développe,
- et les financements qu’elle mobilise pour le climat.
C’est un outil qui ne remplace pas l’IA ou les standards existants, mais qui aide à donner du sens aux données : comparer, comprendre et éviter la dispersion des indicateurs. Une brique de plus pour structurer un pilotage climat plus clair et donc un usage plus responsable de l’IA et de la data.
4. RSE et transparence : moins de promesses, plus de preuves
Avec la CSRD, le Green Claims, les sanctions pour greenwashing et la déclaration de Belém sur l’intégrité de l’information climatique, la culture de la preuve s’installe durablement.
On devrait voir se généraliser des engagements plus ciblés, des rapports plus lisibles, et des prises de parole qui assument davantage les zones d’ombre. La transparence devient un terrain de jeu : exigeant, mais redoutablement différenciant pour les organisations qui s’y engagent sincèrement.
Conclusion : faire de la RSE un levier de robustesse, ici et maintenant
La Responsabilité Sociétale des Entreprises ne “sauvera” pas le monde à elle seule.
En revanche, elle peut aider à le rendre habitable plus longtemps, en rendant les organisations :
- plus lucides sur les risques ;
- plus justes dans la répartition des efforts ;
- plus robustes face aux chocs à venir.

En 2026, feront la différence les entreprises qui auront su :
- choisir leurs combats, plutôt que s’épuiser sur tous les fronts ;
- co-construire leurs trajectoires avec leurs parties prenantes, y compris celles qui doutent ;
- passer de l’engagement affiché aux preuves partagées, avec des récits ancrés dans le réel.
Comme le rappelait Sénèque : « Il n’est pas de vent favorable pour celui qui ne sait pas où il va. »
« Il n’y a pas de vent favorable pour celui qui ne sait pas où il va »
– Sénèque
La bonne nouvelle, c’est qu’on peut encore choisir le cap. Et, surtout, qu’on peut le faire ensemble.



